Michele Ramos, la cybersécurité de haut-niveau, au féminin

Après quinze années de carrière en réseautique à Sao Paulo chez Embratel (actuellement Claro), le géant des télécoms appartenant à América Móvil, Michele a quitté son Brésil natal en 2017 pour s’installer au Québec. Polyglotte (elle parle trois langues et s’intéresse à trois autres), curieuse et passionnée, Michele est en mandat pour NETsatori chez CAE où elle s’est vite fait une place dans une équipe réseau et cybersécurité quasi exclusivement masculine.

Renato Cudicio : Tu travailles depuis presque un an chez CAE. Tu es toujours une des seules femmes dans le service réseautique et sécurité. Comment expliques-tu qu’il y ait si peu de femmes dans ta profession?

Michele Ramos : C’est un début. Il faut être optimiste et se dire que passer de 0 à 1 nous met sur la voie de la croissance! La présence d’une unique femme est déjà suffisante pour mettre à terre l’unanimité masculine. Grâce à une seule femme, on s’oblige à ajouter des expressions de la diversité (« Bonjour Messieurs… et Madame. » 😊) ou à inclure des modèles féminins dans la commande de polos pour un évènement de l’équipe. C’est génial!

Nous en sommes encore au commencement d’un grand et important changement. On sait qu’aucun changement de mentalité ne se réalise facilement et, comme toutes les minorités, nous devons travailler fort (parfois en double) pour garantir que ce mouvement continue, même lentement. Et c’est pour cela qu’il est très important d’assurer la représentativité des femmes dans ce secteur où nous sommes quasi absentes. Une possible explication de la situation actuelle réside dans l’entourage direct des femmes qui peut fortement influencer leurs décisions professionnelles. Une fille qui grandit dans un milieu motivant, qui valorise ses capacités et ses rêves, ne va jamais douter qu’elle est capable de travailler dans n’importe quel domaine, qu’il soit majoritairement masculin ou pas. Mais, malheureusement, il y a encore beaucoup d’environnements toxiques pour les filles où l’on met des limites à leurs ambitions en les dévalorisant. Pour celles-là, c’est vraiment la représentativité (avoir quelqu’une de qui s’inspirer) qui peut maintenir le dernier souffle d’un rêve potentiellement coupé…

Quand on sait qu’il existe des femmes astronautes ou gagnantes de Prix Nobel de Physique, de Chimie, de Médecine, d’Économie, etc., on est encouragée à essayer d’y arriver nous aussi et à croire que nos habilités ne sont pas du tout déterminées par nos genres, sous aucun aspect. Et si je suis une des seules femmes pour l’instant, c’est une invitation pour les prochaines cyberladies.

Nous sommes, au fur et à mesure, de plus en plus nombreuses dans les conférences et les évènements techniques. On se salue avec un regard et un sourire qui reconnaissent la résilience requise pour être là et pour ne pas lâcher dans les moments difficiles. Un signe de sororité qui servira de motivation et d’invitation pour les petites de l’avenir.

RC : On dit que les femmes ont un regard différent sur les problématiques de sécurité et que, dès lors, avoir un meilleur équilibre homme-femme dans les équipes augmenterait le niveau de sécurité. Qu’est-ce que tu en penses?

MR : Je suis totalement d’accord. Les femmes sont reconnues pour remarquer l’irremarquable… 😉. Le souci du détail est la clé dans ce domaine où une petite faille peut devenir une grande vulnérabilité dans la sécurité de tout un système. Et les femmes étant naturellement minutieuses et prudentes, ce regard peut effectivement faire une grande différence dans le travail au quotidien pour sécuriser les réseaux.

Assurer un meilleur équilibre homme-femme, d’une manière générale, est toujours une très bonne mesure pour garantir de solides réflexions et arriver aux meilleures décisions. Penser en dehors de la boîte est la règle en cybersécurité. Soit pour la défense, ou soit encore deux fois plus pour l’attaque. Et plus l’équipe est hétérogène, plus sa capacité de mettre en lumière la réalité est grande.

RC : Cela fait plus de 15 ans que tu travailles dans le domaine de la réseautique, est-ce que tu as constaté dans tes tâches la prise en considération de plus en plus grande des enjeux de sécurité?

MR : Absolument. J’ai travaillé longtemps dans la configuration du backbone d’un fournisseur d’accès Internet et le département de réseautique s’occupait surtout de la connectivité et de la performance de l’infrastructure. En fait, réseau et sécurité étaient gérés par des équipes différentes, avec des discussions et des décisions très parallèles. À l’époque, partout dans ce domaine, la sécurité paraissait avoir un rôle assez secondaire à mon avis…

RC : Concrètement, cela se traduit comment aujourd’hui?

MR : Maintenant, on parle d’abord de sécurité avant même de connecter le premier câble. La médiatisation de graves dégâts, conséquences de failles de sécurité, a valorisé l’importance de prioriser la cybersécurité dès le démarrage d’un nouveau projet. On déploie un réseau en pensant tout de suite à comment on va le protéger. Réseautique et sécurité marchent ensemble actuellement, ce qui rend notre travail plus efficace et plus rassurant.

RC : Tu viens de passer en quelques mois plusieurs certifications en sécurité avec CrowdStrike, Palo Alto, Aruba et tu as depuis longtemps des certifications Cisco. Quels points communs vois-tu entre toutes ces technologies/approches de la sécurité?

MR : Les technologies évoluent à une vitesse incroyable et sont accompagnées de la préoccupation d’être toujours plus avant-gardistes. C’est leur principal point commun. La cybersécurité est un champ de bataille où s’affrontent des virtuoses de la technique, qui ne s’arrêtent jamais de créer de nouvelles façons de mettre en échec la sécurité des systèmes, et des fabricants qui ont compris qu’il fallait s’adapter chaque fois plus vite dans une logique insatiable de développement. Pour garantir la protection et la confiance de clients, les fabricants travaillent dans cette course sur des nouvelles versions de solution, plus comme des partenaires que des concurrents à mon avis….

Personnellement, je trouve très enrichissant d’être en contact avec le portfolio diversifié des partenaires de NETsatori car cela nous permet de travailler pas juste avec les meilleurs produits de chaque technologie, mais plutôt de les adapter aux besoins particuliers de chaque client. Cette flexibilité est gagnant-gagnant pour tout le monde puisque l’on s’améliore professionnellement presque au même rythme que sont introduites de nouvelles technologiques; et nos clients sont toujours assurés d’avoir les meilleurs choix selon le scenario qui leur est propre.

RC : Dernière question : ta licence pour faire de la plongée sous-marine a expiré depuis deux mois. Est-ce que l’eau du Québec est trop froide? 😊

MR : Ouiii, trop froide!!! 🥶 Mais la beauté du Québec réside à sa surface. Je suis toujours fascinée de plonger dans cette culture et son organisation sociale, particulièrement dans la riche et paisible biodiversité montréalaise…

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